Goélettes l'Etoile et la Belle-Poule Page: 1/9  

A LA RECHERCHE DU TEMPS QUI PASSE   - Par Alain Guillou
PLOUEZEC Pointe de Bilfot baie de Paimpol (Années 50)


   Au pied du phare du Mez Goëlo, une petite embarcation verte tangue et roule au gré des vagues,du ressac et du cri des cris des goélands nichant ça et là dans les roches de l'île voisine. A son bord un vieil homme et un enfant….
   Job Le Hoguillard tire sur un filin de ses grosses mains calleuses et d'un geste ample fait passer par dessus bord des casiers plein de homards. J'étais cet enfant qui adorait tant partir à la pêche avec ce dur homme de la mer au cœur tendre.
   Du même geste ample, il m'avait sauvé la vie, au premier jour de notre rencontre, alors qu'englué dans une marre de boue et de sables mouvants j'allais disparaître. Penché par dessus bord, attendant l'apparition du contenu des casiers, je fus surpris par le mouvement des voiles blanches de deux grands voiliers débordant le phare du Mez Goélo pour embouquer le passage qui le sépare de la pointe du Bilfot. J'étais fasciné, ….
   A quelques mètres de nous, le bruit, le chuchotement du vent dans le gréement, le gargouillis de l'eau sur la coque … les ordres, les coups de sifflet, un diesel se mettant en route, la voix d'un homme rythmant les efforts des autres hô ! hô ! hô ! Nous sommes restés longtemps à observer les goélettes. Comme sorties d'une autre époque, l'Etoile et la Belle-Poule ont disparu dans le chenal du port de Paimpol tout comme le faisaient encore quelques décennies plus tôt les derniers pêcheurs à Islande.
   Job se mit alors à raconter une histoire incroyable qui déclencha chez moi une véritable passion pour les deux voiliers école de la Marine Nationale française Une histoire de vagues géantes, glacées, rugissantes, mangeuses d'hommes qui avalaient les bateaux avec leur équipage d'un seul coup de déferlante ! des poissons grands comme des hommes à foison, des lumières éclatantes de neige, un soleil qui n'en finit pas de se coucher, des oiseaux par milliers, des baleines et des marsouins, une vie marine intense, un froid glacial, des icebergs dans la brume et un travail de bagnard…. des journées de pêche de 15, 20 voir 24 heures sans repos ou au mieux 3 à 4 heures de sommeil.

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